Une carte officielle espagnole aura suffi à raviver plusieurs dossiers sensibles entre Rabat et Madrid. Mise en ligne sur le nouveau portail public du logement Casa47, elle représentait le Sahara dans la continuité territoriale du Maroc, sans frontière matérialisée entre les provinces du Sud et le reste du Royaume, tandis que Sebta et Melilia apparaissaient entourées de lignes discontinues.
La carte a finalement été retirée lundi soir par le gouvernement espagnol après une vague de réactions politiques et médiatiques. Elle avait pourtant été publiée à l’occasion du lancement officiel de Casa47, une plateforme présentée par le président du gouvernement Pedro Sánchez et la ministre du Logement, Isabel Rodríguez, comme un nouvel outil d’accès au logement public et abordable.
Une représentation qui fait réagir en Espagne
La polémique s’est rapidement déplacée des écrans de la plateforme vers les réseaux sociaux. Plusieurs observateurs espagnols ont relevé que le tracé retenu pour le Sahara différait de certaines représentations cartographiques habituellement utilisées en Espagne, tandis que les contours en pointillés autour de Sebta et Melilia ont également suscité des interrogations.
Le journaliste espagnol Curro Peña a notamment diffusé une capture d’écran de la carte sur X, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une simple erreur technique. « Ce n’est pas une erreur, c’est une déclaration d’intention », a-t-il écrit. Sa publication a rapidement circulé et contribué à donner à l’affaire une dimension politique.
Face à la controverse, le ministère espagnol du Logement et de l’Agenda urbain a retiré la carte moins de 24 heures après son apparition. Selon plusieurs médias espagnols, le développement de la plateforme Casa47 aurait mobilisé un investissement public estimé à environ 1,4 million d’euros.
Un épisode qui intervient dans un contexte diplomatique particulier
L’affaire prend une résonance particulière au regard du changement de position opéré par Madrid sur le dossier du Sahara depuis 2022. En mars de cette année-là, Pedro Sánchez avait adressé une lettre au Roi Mohammed VI dans laquelle il qualifiait l’initiative marocaine d’autonomie de « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour parvenir à un règlement du différend.
Ce tournant avait marqué une évolution de la diplomatie espagnole sur le dossier et ouvert une nouvelle phase dans les relations entre Rabat et Madrid après plusieurs mois de tensions.
La publication puis le retrait rapide de la carte Casa47 viennent donc relancer les interrogations sur la manière dont les administrations espagnoles représentent ces territoires dans leurs supports officiels. Au-delà d’un simple incident graphique, l’épisode illustre une nouvelle fois la sensibilité politique que continuent de susciter, en Espagne, les questions du Sahara, de Sebta et de Melilia.


